1995, Caen, France
Lives and works in Paris
EMAIL
→ studio@swannronne.com
TEXTS
→ Nothing Stays Where It Should, Darmo
→ I Just Need A Sign, Li Yong
→ DUST NOISE, Le Réservoir
→ TDIUTCAIWCBA, Pauline Weber
→ TDIUTCAIWCBA, Degree show
Lives and works in Paris
→ studio@swannronne.com
TEXTS
→ Nothing Stays Where It Should, Darmo
→ I Just Need A Sign, Li Yong
→ DUST NOISE, Le Réservoir
→ TDIUTCAIWCBA, Pauline Weber
→ TDIUTCAIWCBA, Degree show
Nothing Stays Where It Should
DARMO
L’exposition s’ouvre sur un vaste champ jaune. En son centre, un petit rectangle noir, légèrement bancal, contient le mot « CAUTION », vidé de ses lettres. Le mot emprunte à la signalétique sa forme la plus élémentaire : celle de l’avertissement. Là où elle devrait orienter, informer ou prévenir, elle introduit ici une incertitude.
Sous le texte subsistent quelques fragments de typographie ; des formes résiduelles. Leur fonction disparaît. Ils deviennent des traces, des accidents, que le regard interprète comme des coulures. Le langage se vide de son sens pour devenir matière.
Le paradoxe est que rien ne coule réellement dans le tableau. La surface est peinte avec une précision extrême, de manière économe et contrôlée. Aucun geste spectaculaire ne produit l’illusion de l’accident. Tout est décidé pour que cette impression de glissement puisse apparaître sans être véritablement représentée. Le geste doit presque disparaître pour que l’accident soit crédible.
Caution prépare ainsi le regard à ce qui traverse l’exposition : ici, le glissement est partout. Les signes ne remplissent plus tout à fait leur fonction, les surfaces ne restent pas complètement stables et les structures qui semblent les contenir sont constamment mises à l’épreuve.
Depuis plusieurs années, Swann Ronné développe une pratique picturale nourrie par les signes et les codes visuels qui structurent notre environnement quotidien. Architecture, signalétique, interfaces numériques, publicité ou typographie composent un répertoire de formes destinées à organiser l’espace et transmettre une information. Dans la peinture, ces signes sont soustraits à leur fonction. Déplacés, fragmentés, recomposés, ils deviennent les éléments d’un langage dont nous reconnaissons la grammaire sans pouvoir tout à fait en saisir le sens.
Avec Nothing Stays Where It Should, ce langage se resserre. Bandes, aplats, lignes et zones colorées organisent les surfaces selon une géométrie presque architecturale. Certaines compositions se répondent, comme si un système était en train de se mettre en place. Mais à mesure qu’il se répète, ce système révèle ses écarts : les couleurs permutent, les limites se déplacent, les rapports s’inversent.
La répétition ne produit pas une règle stable, mais fait apparaître les variations qui la traversent. La structure, chez Swann Ronné, ne contient jamais entièrement la peinture. À la précision des aplats et des divisions répondent des gestes plus instables. Très diluée, l’acrylique se diffuse, coule, s’accumule aux bordures ; elle traverse les limites qui lui sont assignées. L’artiste construit ainsi un cadre suffisamment précis pour que quelque chose puisse lui échapper.
Caution canalise cette contradiction : le danger est annoncé, la prudence est exigée, mais rien n’est véritablement empêché. Le signal prévient sans protéger. Le cadre existe, mais quelque chose lui échappe toujours.
C’est peut-être là que se situe l’expérience de Nothing Stays Where It Should. Entre le signe et ce qu’il devrait signifier, entre la règle et son écart, entre la surface maîtrisée et la matière qui semble vouloir la quitter, l’exposition maintient les choses dans un état de déplacement. L’équilibre existe, mais seulement pour un temps.
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Nothing Stays Where It Should
DARMO
The exhibition opens onto a vast field of yellow. At its centre, a small, slightly crooked black rectangle contains the word “CAUTION”, emptied of its letters. The word borrows its most elementary form from signage: that of a warning. Where it should normally guide, inform, or alert, it instead introduces uncertainty.
Beneath the text, a few fragments of typography remain; residual forms. Their function has disappeared. They become traces, accidents, which the eye interprets as drips. Language is emptied of its meaning and becomes matter.
The paradox is that nothing is actually dripping in the painting. The surface is painted with extreme precision, economically and under strict control. No spectacular gesture produces the illusion of an accident. Everything is determined so that this impression of slippage can emerge without ever being truly represented. The gesture must almost disappear for the accident to remain convincing.
Caution thus prepares the eye for what runs throughout the exhibition: here, slippage is everywhere. Signs no longer entirely fulfil their function, surfaces do not remain completely stable, and the structures that seem to contain them are constantly put to the test.
For several years, Swann Ronné has developed a painting practice informed by the signs and visual codes that structure our everyday environment. Architecture, signage, digital interfaces, advertising, and typography form a repertoire of shapes designed to organise space and convey information. In painting, these signs are stripped of their function. Displaced, fragmented, and recomposed, they become elements of a language whose grammar we recognise without being able to fully grasp its meaning.
With Nothing Stays Where It Should, this language becomes more concentrated. Bands, fields, lines, and areas of colour organise the surfaces according to an almost architectural geometry. Certain compositions echo one another, as if a system were taking shape. Yet as it repeats, this system reveals its deviations: colours are permuted, boundaries shift, relationships are reversed.
Repetition does not produce a stable rule, but instead brings out the variations running through it. In Swann Ronné’s work, structure never fully contains the painting. The precision of the flat fields and divisions is met by more unstable gestures. Highly diluted, the acrylic spreads, runs, and accumulates along the edges; it crosses the boundaries assigned to it. The artist thus constructs a frame precise enough for something to escape from it.
Caution channels this contradiction: danger is announced, caution is required, yet nothing is truly prevented. The sign warns without protecting. The frame exists, but something always escapes it.
Perhaps this is where the experience of Nothing Stays Where It Should lies. Between the sign and what it should signify, between the rule and its deviation, between the controlled surface and the material that seems intent on leaving it, the exhibition keeps things in a state of displacement. Balance exists, but only for a time.
DARMO
L’exposition s’ouvre sur un vaste champ jaune. En son centre, un petit rectangle noir, légèrement bancal, contient le mot « CAUTION », vidé de ses lettres. Le mot emprunte à la signalétique sa forme la plus élémentaire : celle de l’avertissement. Là où elle devrait orienter, informer ou prévenir, elle introduit ici une incertitude.
Sous le texte subsistent quelques fragments de typographie ; des formes résiduelles. Leur fonction disparaît. Ils deviennent des traces, des accidents, que le regard interprète comme des coulures. Le langage se vide de son sens pour devenir matière.
Le paradoxe est que rien ne coule réellement dans le tableau. La surface est peinte avec une précision extrême, de manière économe et contrôlée. Aucun geste spectaculaire ne produit l’illusion de l’accident. Tout est décidé pour que cette impression de glissement puisse apparaître sans être véritablement représentée. Le geste doit presque disparaître pour que l’accident soit crédible.
Caution prépare ainsi le regard à ce qui traverse l’exposition : ici, le glissement est partout. Les signes ne remplissent plus tout à fait leur fonction, les surfaces ne restent pas complètement stables et les structures qui semblent les contenir sont constamment mises à l’épreuve.
Depuis plusieurs années, Swann Ronné développe une pratique picturale nourrie par les signes et les codes visuels qui structurent notre environnement quotidien. Architecture, signalétique, interfaces numériques, publicité ou typographie composent un répertoire de formes destinées à organiser l’espace et transmettre une information. Dans la peinture, ces signes sont soustraits à leur fonction. Déplacés, fragmentés, recomposés, ils deviennent les éléments d’un langage dont nous reconnaissons la grammaire sans pouvoir tout à fait en saisir le sens.
Avec Nothing Stays Where It Should, ce langage se resserre. Bandes, aplats, lignes et zones colorées organisent les surfaces selon une géométrie presque architecturale. Certaines compositions se répondent, comme si un système était en train de se mettre en place. Mais à mesure qu’il se répète, ce système révèle ses écarts : les couleurs permutent, les limites se déplacent, les rapports s’inversent.
La répétition ne produit pas une règle stable, mais fait apparaître les variations qui la traversent. La structure, chez Swann Ronné, ne contient jamais entièrement la peinture. À la précision des aplats et des divisions répondent des gestes plus instables. Très diluée, l’acrylique se diffuse, coule, s’accumule aux bordures ; elle traverse les limites qui lui sont assignées. L’artiste construit ainsi un cadre suffisamment précis pour que quelque chose puisse lui échapper.
Caution canalise cette contradiction : le danger est annoncé, la prudence est exigée, mais rien n’est véritablement empêché. Le signal prévient sans protéger. Le cadre existe, mais quelque chose lui échappe toujours.
C’est peut-être là que se situe l’expérience de Nothing Stays Where It Should. Entre le signe et ce qu’il devrait signifier, entre la règle et son écart, entre la surface maîtrisée et la matière qui semble vouloir la quitter, l’exposition maintient les choses dans un état de déplacement. L’équilibre existe, mais seulement pour un temps.
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Nothing Stays Where It Should
DARMO
The exhibition opens onto a vast field of yellow. At its centre, a small, slightly crooked black rectangle contains the word “CAUTION”, emptied of its letters. The word borrows its most elementary form from signage: that of a warning. Where it should normally guide, inform, or alert, it instead introduces uncertainty.
Beneath the text, a few fragments of typography remain; residual forms. Their function has disappeared. They become traces, accidents, which the eye interprets as drips. Language is emptied of its meaning and becomes matter.
The paradox is that nothing is actually dripping in the painting. The surface is painted with extreme precision, economically and under strict control. No spectacular gesture produces the illusion of an accident. Everything is determined so that this impression of slippage can emerge without ever being truly represented. The gesture must almost disappear for the accident to remain convincing.
Caution thus prepares the eye for what runs throughout the exhibition: here, slippage is everywhere. Signs no longer entirely fulfil their function, surfaces do not remain completely stable, and the structures that seem to contain them are constantly put to the test.
For several years, Swann Ronné has developed a painting practice informed by the signs and visual codes that structure our everyday environment. Architecture, signage, digital interfaces, advertising, and typography form a repertoire of shapes designed to organise space and convey information. In painting, these signs are stripped of their function. Displaced, fragmented, and recomposed, they become elements of a language whose grammar we recognise without being able to fully grasp its meaning.
With Nothing Stays Where It Should, this language becomes more concentrated. Bands, fields, lines, and areas of colour organise the surfaces according to an almost architectural geometry. Certain compositions echo one another, as if a system were taking shape. Yet as it repeats, this system reveals its deviations: colours are permuted, boundaries shift, relationships are reversed.
Repetition does not produce a stable rule, but instead brings out the variations running through it. In Swann Ronné’s work, structure never fully contains the painting. The precision of the flat fields and divisions is met by more unstable gestures. Highly diluted, the acrylic spreads, runs, and accumulates along the edges; it crosses the boundaries assigned to it. The artist thus constructs a frame precise enough for something to escape from it.
Caution channels this contradiction: danger is announced, caution is required, yet nothing is truly prevented. The sign warns without protecting. The frame exists, but something always escapes it.
Perhaps this is where the experience of Nothing Stays Where It Should lies. Between the sign and what it should signify, between the rule and its deviation, between the controlled surface and the material that seems intent on leaving it, the exhibition keeps things in a state of displacement. Balance exists, but only for a time.